Numérique

Un avatar pour développer la France

Le programme « Jumeaux numériques pour nos territoires » (Junn), appuyé par l’État et des partenaires privés, va transformer en profondeur la manière dont les collectivités françaises et les entreprises planifient leur avenir.
Samuel Ribot Le lundi 1 juin 2026
© shuoshu / iStock

Le jumeau numérique entre dans une nouvelle ère. Celle de la démocratisation de l’accès à une technologie plus que prometteuse, dont les atouts sont encore réservés à certaines sociétés privées ou à quelques collectivités plus aventureuses que d’autres. L’enjeu dépasse largement le passage à une cartographie en trois dimensions: Junn se veut avant tout une plateforme d’aide à la décision. Aménagement durable, gestion des risques naturels, création de logements et d’équipements publics, amélioration des mobilités, déploiement des énergies renouvelables, implantation de réseaux, adaptation des forêts et des cultures au dérèglement climatique ou encore gestion de l’eau: les cas d’usage identifiés couvrent l’essentiel des grands défis auxquels font face les territoires comme les entreprises. L’idée est de permettre demain aux élus, aux opérateurs publics et aux acteurs privés de tester différents scénarios avant de s’engager dans des décisions structurantes.
Derrière le projet Junn, financé dans le cadre du programme France 2030 et piloté par la Banque des territoires, c’est une filière industrielle entière qui va se structurer. Le budget alloué au programme s’élève aujourd’hui à près de 40 millions d’euros sur trois ans, dont 25 millions apportés par l’État et 14 millions par un consortium d’experts publics et privés. La feuille de route, elle, est serrée. D’ici dix-huit mois, le programme devra avoir produit ses premières données 3D sur plusieurs départements, déployé des outils de visualisation immersive et connecté le tout à des environnements de simulation haute performance. Le passage en exploitation opérationnelle, lui, est prévu pour 2029. Autant dire demain.


PLUS DE 200 ACTEURS DIFFÉRENTS SOUS UNE MÊME BANNIÈRE

L’une des particularités de Junn est de réunir autant d’acteurs différents sous une même bannière. Quatorze partenaires publics et privés s’associent autour d’un noyau dur formé de l’IGN, du Cerema, d’Inria et de l’entreprise 1Spatial France. Autour de ces piliers gravitent plus de 200 organisations — collectivités, start-up, bureaux d’études, industriels et laboratoires de recherche — réunies au sein d’une «équipe de France des jumeaux numériques de territoires». L’IGN occupe une position centrale dans le dispositif, dans la mesure où l’institut apporte sa maîtrise des géodonnées et de la cartographie, mais aussi sa Géoplateforme, infrastructure collaborative nationale sur laquelle reposera une partie du socle technique de Junn. L’enjeu est de permettre aux collectivités d’accéder à des fonctionnalités avancées sans avoir à bâtir intégralement leurs propres infrastructures. De son côté, le Cerema joue un rôle de passeur entre les territoires et les opérateurs techniques. Objectif affiché: «mieux outiller la décision publique».

 


 

© Geofit-IGO

 



Dans le périmètre industriel du projet, les rôles sont clairement distribués. 1Spatial France, éditeur de logiciels et d’applications métier pour la gestion des données de localisation et géospatiales, pilote le développement d’Elyx 3D, la brique SIG mutualisée du dispositif. Camptocamp prend en charge l’architecture technique et les interfaces en langage naturel. Siradel, spécialiste de la modélisation, de la cartographie 3D et de l’analyse géospatiale, apporte son expertise en simulation environnementale (îlots de chaleur, mobilités, phénomènes climatiques…), LuxCarta, quant à elle, se charge de la reconstruction automatique de modèles 3D à grande échelle depuis des données satellitaires. La société de géomètres-experts Geofit va s’atteler à la production des maquettes numériques pour les territoires d’expérimentation. Enfin, le Cnes, l’IFP Énergies nouvelles et le BRGM complètent ce casting avec leurs compétences respectives en calcul intensif, orchestration de systèmes complexes et modélisation des sols.
Le programme débute sur quatre territoires pilotes: les Alpes-Maritimes, la Charente-Maritime, la Gironde et l’Ille-et-Vilaine. Les premiers appels à contribution sont attendus à l’automne, les premiers lauréats seront ensuite désignés en mars 2027, puis un prototype opérationnel présenté au printemps suivant. À plus long terme, Junn aspire à constituer un patrimoine numérique territorial commun, mutualisé et interopérable. Un outil qui, s’il tient ses promesses, pourrait réduire significativement le coût d’accès à ces technologies pour les collectivités, tout en renforçant la souveraineté française sur le secteur stratégique de la donnée géospatiale et des services numériques d’aide à la décision.

 




À LIRE AUSSI
L’IGN au cœur de l’écosystème Junn
Le Cerema, moteur du déploiement
Des laboratoires locaux en avance sur la stratégie nationale
IGO-Geofit: un acteur privé au cœur du projet Junn

Retrouvez ces articles et l’ensemble du dossier consacré au jumeau numérique national dans le magazine novendi n°10, juin 2026, en consultant notre page «Le magazine».

 


 

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies sur votre ordinateur, en savoir plus fermer